Vous avez dit exemplaire ?

Le débat public fait l’apologie de l’exemplarité. L’époque dans laquelle nous vivons serait-elle si mauvaise que chacun exige de l’exemplarité ?

Danger. Faire cet aveu est convenir que ce qui nous était proposé précédemment ne l’était pas !

Il n’est pas question pour moi de remettre en cause la situation terrible dans laquelle se trouve notre société aujourd’hui. Les conditions de vie de la plus grande partie de nos concitoyens sont intolérables; l’arrogance de ceux qui ont « plus » est insoutenable.

Mais pourquoi ceux qui ont « peu » ne prennent-ils pas la juste mesure de la situation et refusent-ils une évolution dans laquelle chacun aurait sa place ? De quoi ont-ils peur ?

L’évolution de nos villes, villages, bourgs ne trouvera d’issue soutenable que si chacun y trouve sa place, les uns à côté des autres.

Hier, les décideurs concevaient la ville sans en référer au public. Pour parvenir à leurs fins, ils intervenaient sur les textes de loi, les documents d’urbanisme. Ainsi, « légalement » se construisaient les lieux de vie. La légitimité de ceux qui faisaient les choix s’appuyait sur la démocratie et leur prétexte de sachant.

Le concept du développement durable remet fondamentalement en cause ces pratiques qui ont montré leurs limites et ont créé des lieux de vies qui ne sont plus acceptés.

Alors, pourquoi la société convient-elle qu’un changement radical doit être opéré alors que, individuellement, les habitants sont dans le refus de l’évolution ?
Va-t-on persister à imposer une évolution dans ces conditions ?
Les moyens de communication et les outils mis en place sont-ils adaptés ?

Pas un produit n’est mis sur le marché, pas un projet d’urbanisme ou de construction n’est programmé sans qu’il fasse l’objet d’une auto-proclamation promettant aux futurs utilisateurs, habitants, le caractère exemplaire de la future réalisation. Mais, les outils mis en place, le choix des financements seront-ils pertinents?

Une grande partie des réalisations livrées aujourd’hui tend à prouver que non. Une grande partie des professionnels sait que les certifications « de tout poil » ne sont en aucun cas une garantie d’efficacité de résultats pour les habitants.

S’il fallait en apporter une preuve, je citerais les maîtres d’ouvrages qui demandent pour une opération de multiples labels: HQE, BREAM, LEEDS, thermiques, etc… Probablement parce qu’avec 2, 3 labels, ces réalisations seront 2 fois, 3 fois, plus exemplaires ?

La situation est grave et demande un peu de sérieux.
L’engagement dans le développement durable nécessite que nous expliquions ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et les résultats attendus. Les utilisateurs, les habitants, attendent légitimement ces résultats; on n’a pas le droit de les décevoir. On ne peut pas à la fois les culpabiliser pour les désordres de la planète, leur promettre des objectifs qui leur permettront de vivre mieux, favoriser un comportement vertueux, bien souvent leur faire engager des investissements importants et ne pas être à la hauteur des ambitions affichées.

Certes l’exercice n’est pas simple, l’usage des ouvrages que nous livrerons aura un impact sur les résultats attendus. Raison de plus pour raison garder et nous comporter en professionnels compétents au lieu de prétendre à l’exemplarité.